09 janvier 2008
PUCON.
Après une inconfortable nuit dans un bus, nous atteignons Pucón au petit matin. A huit cent kilomètre de Santiago, cette ville, nichée entre le lac Villarica et le volcan du même nom, est le centre touristique de la région Araucania. Dès notre arrivée, nous levons les yeux pour apercevoir le géant mais c'est peine perdue car le temps est couvert. Pour notre premier jour dans le sud, nous sommes logiquement accueillis par le vent, la pluie et les nuages. Nous sommes pourtasnt bien dans l'ombre du volcan comme le signalent les étonnants panneaux d'évacuation en cas d'éruption ainsi que le feu tricolore indiquant, du vert au rouge, les degrés de dangerosité du volcan. Heureusement pour nous, celui-ci est au vert!
Aprés un rapide tour de la ville, nous regagnons le camping le moins cher que nous ayons trouvé, en périphérie et malheureusement situé juste à côté d'une discotèque. Nous nous reposons pour être en forme pour partir dès le lendemain dans un parc proche de Pucón, Huerquehue.
PARC HUERQUEHUE.
Impatient de découvrir la région, nous ne perdons pas de temps pour nous éloigner de la civilisation. Nous atteignons, après une heure de bus, le parc Huerquehue et le lac Tinquilco. A notre arrivée, un jeune homme nous aborde:
"- Hola, ¿cómo están?
- Muy bien, gracias.
- ¿ Van a dormir aca?
- Si
- ¿ Y saben dónde?
- No
- Ah, mais vous êtes français non? Ah ben mois j'suis québecois, vous comptez dormir où ?
- On sait pas trop on ne connait pas."
Antoine nous montre la carte et nous indique les campings et les randonnées à faire.
"- Si vous voulez j'ai un camping au bout du lac, je peux vous y emmener en barque.
- Allez c'est parti."
Tout en ramant , Antoine nous renseigne sur le temps et l'activité des volcans de la région. Puis il nous apprend qu'il vit dans cet endroit reculé depuis trois ans avec sa petite amie chilienne, sa belle-mère et son filleul. Curieuse, Audrey lui demande si il y a du poisson dans le lac. Il répond d'un "oui" évident précisant qu'il y a truites et saumons. Nous regrettons déjà de ne pas avoir suivi les conseils de Mathi, un ami de Santiago, et de ne pas avoir pris fil de pêche et cuillères espagnoles.Après dix minutes dans le vent glacial pour traverser le lac, nous découvrons le camping Olga, à quelques dizaines de mètres de la rive au bord d’une rivière.
La matinée étant déjà bien avancée, nous ne perdons pas de temps, laissant nos sacs dans un abri collectif, nous reportons le montage de la tente à plus tard. Malgé le temps couvert, nous partons a l’assaut du mont Saint Sebastián, point culminant de parc au sommet enneigé. Nous empruntons tout d’abord le sentier Quinchol qui monte en serpentant dans une forêt de conifères récemment plantés suite à un grand incendie. Après une heure et demi et de nombreux lacets, nous pénètrons dans la forêt native. Et comme pour nous y accueillir, la neige se met à tomber. Moment magique: de gros flocons volent avec légèretés dans le silence et la brume envahit la forêt faisant ressortir en contre-jour les immenses, les majestueux araucarias. Ces derniers sont une trés ancienne espèce de pin dont certains atteignent les milles ans. Ils sont surnommés “désespoir des singes” car leurs feuilles en écailles acérées empêchent son escalade par les primates.
Sortis de cet endroit féérique, nous arrivons sur la plaine Quinchol oú se produit l’incroyable du sud chilien : le vent se lève, faisant s’évanouir la brume et laissant paraître le soleil. Lumière incroyable. Nous avons tout juste le temps d’apercevoir le lac Tinquilco en contrebas avant que les nuages gonflés de neige et de grèle ne reviennent. Nous pénètrons à nouveau sous le couvert des arbres où le lichen fait son apparition. De couleur vert pastel, ce dernier, recouvrant les troncs et pendant des branches, contraste avec le blanc immaculé de la beige qui vient se poser sur les feuilles fragiles.Le temps se dégrade encore. La neige succédant à la grèle. Nous decidnos finalement de faire demi tour. Le chemin s’est transformé en ligne blanche. Le bruissement de nos pas sur la beige fraîche nous accompagne jusqu’à notre retour sur la plaine qui, vêtue de son manteau blanc et cernée par les nuages, nous apparait complètement diferentes. Pour ne pas redescendre par le même chemin, nous decidons de suivre le sentier Quinchol qui contourne la montagne en faisant une boucle. Erreur! Peu fréquenté, il est envía par la végétation détrempée. Ceci ajouté à la beige qui, le soleil ayant refait son apparition, se met à fondre à grosse goùtes, fair que nous ressortons complètement trempés de ce petit détour. Nous parvenons avec soulagement au camping où nous nous précipitons autour du feu pour nous réchauffer. Nous constatons que nous ne sommes pas les seuls à avoir subis les caprices de la météo. Tout le monde est regroupé autour du demi bidon dans lequel rougeoit le feu. A l’intérieur les chaussures et les chaussettes, appuyées contre les bords, sèchent. La pluie ne cessera pas de la soirée, nous obligeant à rester à l’abri. Pendant que nos affaires sèchent elles aussi, nous mangeons et discutons avec nos voisins.
Le lendemain, nous nous levons un peu tard. Eh oui notre réveil doit se trouver quelque part au Pérou, oubli malencontreux auquel nous n’avons pas encore remédié. Heureusement bien que la journée s’annonce magnifique, la chaleur n’est pas intense et nous allons pouvoir marcher sans mourir de chaud. Aprés avoir laissé le surplus de nos sacs dans l’abri collectif, nous partons pour la randonnée de “los lagos” qui nous conduira en cinq heures au refuge Renahue.
Le sentier boueux grimpe en zigzaguant à travers une forêt parsemée de fougères dont les feuilles ressemblent à celles d’un palmiers. Durant l’ascension, nous avons en fin pu admirer le superbe volcan Villarrica qui depuis quelques jours nous dominait sans qu’on ne le voit. Géant! Ce dernier, formant un cône parfait, est enneigé de la tête au pied.
Après une heure de grimpette avec le poid des sacs, même délèstés, la chaleur commence à se faire ressentir et nous sommes contents d’atteindre les fraîches rives du lago Chico. Contrairement à son nom, “le petit lac”, il va s’avérer être l’un des plus grands des six que nous verrons. Nous longeons ensuite sa rive droite pour nous diriger vers le lago Toro (lac taureau) où nous faisons une halte pour déjeuner. Nous nous installons sur des rochers au bord de l’eau. Nous admirons les araucarias qui entourent le lac et dont les troncs élancés sans la moindre branche nous rappellent les palmiers qui bordent les plages des îles aux eaux turquoises. Face à nous, un mont enneigé se reflète dans l’eau et le ciel azur est le théâtre d’un ballet de nuages qui, poussés par les vents, finissent par sortir de scène.
Nous poursuivons ensuite, traversant un marécage peuplé de squelettes d’araucarias, véritables colonnes vertébrales de dinausores, pour atteindre trois heures plus tard le refuge Renahue où nous nous installons pour la nuit. Il est encore tôt, nous décidons donc de poursuivre vers le lac Angélina. Nous n’y parviendrons jamais car le sentier est jonché d’arbres tombés l’hiver précédent, empêchant notre progression. Nous faisons demi-tour pour aller faire une petite sieste dans l’herbe en compagnie de quatre chevaux.. A notre réveil, ces derniers broutent toujours près de nous et le soleil inonde encore la plaine de ses rayons bienfaisants.
Après une tentative infructueuse pour allumer un feu afin de faire fonder du fromage sur des tartines de pains, nous mangeons finalement un repas froid. Le bois, encore humide à cause du mauvais temps de la veille, provoque plus de fumée qu’autre chose.
Le jour suivant nous repartons en direction du camping. Pour profiter pleinement de cette randonnée, nous faisont une boucle qui passé par les lacs Huerquehue, Patos et Verde. Une fois de retour au camping, nous sommes conviés à une partie de volley par quatre chiliens dont Nicolas, le filleul d’Antoine. Malgré la fatigue de la marche, nous acceptons ce moment de détente. Pris par le jeu, nous enchaînons par une épique partie de foot. C’est donc épuisés que nous nous couchons ce soir là.
Le lendemain matin, malgré le beau temps, nous décidons de retourner sur Pucón pour poursuivre notre route vers le sud. En attendant le bus qui ne passe qu’à 14 heures, nous faisons la connaissance d’un couple de français d’une cinquantaine d’années. Trés aimable et curieux de savoir comment nous voyageons, nous discutons du Chili et de notre expérience. Ils nous félicitent de profiter de notre jeune âge pour découvrir le monde et nous saluons leur courage de le parcourir, preuve que l’âge n’est pas une barrière pour profiter des charmes de notre magnifique planète. Nous les quittons finalement trop vite pour aller prendre le bus de Pucón oú nous passons la nuit. Après un bon asado arrosé de rhum et une nuit de sommeil, nous repartons en direction de Valdivia.
11 janvier 2008
L'INCROYABLE AVENTURE DU RANDONNEUR CHILIEN.
La plaine verdoyante qui accueille le refuge renahue reçoit les derniers rayons de soleil de cette superbe journée. Il n’est que 19 heures et déjà l’astre disparait derrière les sommets qui encerclent cette cuvette. Aussitôt l’air se raffraichit. Nous nous apprêtons à allumer un feu pour manger quand un homme surgit à l’etrée du camping et se dirige à grand pas vers nous.Il porte des baskets blanche et des chaussettes de tennis, un short bleu et un tshirt ainsi qu’ue casquette pour protéger sa tète du soleil.Sur son dos, un petit sac de sport dans lequel j’imagine se trouve un vêtement de pluie et une bouteille d’eau. Il arbore donc la tenue parfaite du promeneur d’une journée.
Quand il n’est plus qu’à quelques mètres de nous, j’aperçois son visage et il me semble y lire un brin d’affolement. Encore un ou deux mètres et deja il nous lance d’une voix étranglée:
“- ¡Me perdió!” ( je me suis perdu)"
On se regarde avec Audrey avec la même expression d'étonnement.
"- Tu as bien comprisla même chose que moi?"
Il nous semble extrèmement difficile de parvenir à se perdre en effectuant cette balade trés bien indiquée. Nous nous retournons vers lui pour qu'il nous explique un peu mieux la situation. En fait il vient du camping Olga et s'est trompé de chemin à la laguna Toro. Il se retrouve donc ici, à cinq heures de marche du camping sans aucun équipement pour la nuit. N'ayant pas grand chose à lui proposer, nous lui indiquons un refuge, à deux heures de marche aux thermes San Sebastian. Cette solution ne lui convient malheureusement pas car sa famille l'attend au camping Olga. Nous lui disons donc que s'il ne perd pas de temps et marche rapidement, il peut y être en quatre heures voir moins puisqu'il n'est pas chargé. Il lui sufit de suivre la même route en sens inverse. Il nous quitte donc comme il était venu, à grande enjambée et avec le même air affolé sur le visage.
Son aventure occupera nos discussions un bon moment pour essayer de comprendre comment il avait pu marcher pendant trois heures dans la direction opposée du camping sans avoir l'idée de simplement faire demi-tour et revenir par le même chemin. Nous nous endormons ce soir-là en espérantqu'il est parvenu à redescendre avant la nuit complète.
Le lendemain après un retour agréable sous le couvert de la forêt malgré le temps gris, nous rallions en quelques heures le début du sentier où un gardien du parc nous questionne sur la nuit passée. Après cet échange de politesse, il nous demande si nous avons passé la nuit avec un homme seul. Aussitôt l'histoire de l'homme perdu ressurgit dans nos mémoires et nous répondons par la négative. Il nous explique qu'ils l'ont cherché jusqu'à trois heures du matinet qu'il n'est redescendu que vers cinq heures en disant qu'il avait dormi à Renahué. Nous nous demandons encore comment il s'est débrouillé pour passer la nuit dans les montagnes et où il a bien pu dormir cette nuit-là, s'il a réellement dormi. Nous partageons notre étonnement avec le garde qui nous dit sur ton blasé :" Un chileno!"
14 janvier 2008
VALDIVIA.
Capitale de la région de Los Ríos, Valdivia est une ville à l'activité touristique grandissante et à la vie universitaire dévellopée. Pour nous, le passage dans cette grande ville va nous permettre de nous équiperpour pouvoir aller se perdrele long de la Carretera Austral jusqu'au sud patagonien - parka, polair, gants et bonnets, fil de pêche et cuillères espagnoles. Nous dénichons un minuscule camping en périphérie de la ville où nous allons passer les trois prochaines nuits.Ce dernier, situé à l’arrière d’une grande maison de bois, est géré par un sympathique vieillard. Dans ce jardin, à l’abri des arbres fruitiers, nous dégustons un succulent saumon grillé accompagné de moules géantes ouvertes sur les braises. Nous n’avons pas résisté à aller faire un petit tour au « marché fluvial » qui anime chaque matin les quais du río Valdivia. C’est l’effervescence autour des étals de poissons et de coquillages. Les saumons sont vidés avec dextérité derrière les stands et les restes, jetés dans le fleuve, attirent une myriades d’oiseaux, mouettes et cormorans, ainsi qu’une colonie de lions de mer affamés. Tous les sens sont mis en éveil ; le vacarme des gens se mèle à celui des oiseaux, l’odeur du poissons à celle des épices.
Après trois jours de repos et une longue hésitation quant à notre prochaine destination, nous partons vers le sud, direction Chiloé, la plus grande île chilienne après la terre de feu.
17 janvier 2008
CHEPU.
Le bus avance doucement pour prendre place sur le ferry qui va nous nous faire passer du continent à l’île de Chiloé en une petite demi heure de traversée. Nous descendons du bus pour respirer l’air marin et regarder se rapprocher la terre chilote.
Ca y est, nous y sommes sur cette île dont on nous a tant parlé. Tous sont unanimes pour la présenter comme l’une des merveilles chiliennes tant culturellement car elle a su garder, de par son état insulaire, une authenticité et une richesse qu’on ne retrouve nulle part ailleurs au Chili, que naturellement avec une lumière incomparable, entre deux orages, sur les nombreuses collines et montagnes formant l’archipel. Nous sommes donc impatientS de vérifier par nous-mêmes ces nombreuses éloges.
Première étape, Ancud, l’une des trois villes principales de l’île. Nous remplissons nos sacs de nourriture et sautons dans un bus pour aller nous perdre dans un hameau côtier, au bord du Pacifique, Chepu. Le départ du mini-bus qui doit nous y conduire est laborieux. Après avoir hissé les bagages sur le toit et entassé tous le monde à l’intérieur, un homme pousse le bus pour qu’il puisse démarrer. Après deux tentatives infructueuses, c’est grâce à la petite descente à l’entrée du terminal que le moteur toussote puis démarre. Nous sommes partis pour une heure remuante de piste de gravier.
Le bus nous dépose au « mirador » qui est en fait un camping sur une petite colline dominant le delta de los ríos Grande, Puntra et Anguay, au milieu duquel une grande étendue d’arbres morts forme une île. Nous sommes accueillis par Mauricia, la gérante, qui nous ouvre les portes de ce magnifiques coin de tranquilité. Ce camping écologique, tenu par Fernando et Mauricia, deux personnes sympathiques qui ont mis fin à leur quotidien à Santiago pour venir se perdre dans ce petit bout de paradis pour essayer d’y faire quelque chose de différent. Bonne initiative qui donne des idées. Nous allons rester ici plus longtemps que prévu : deux jours et trois nuits inoubliables.
Le premier jour, nous partons pour une longue balade vers le nord. Le chemin de gravier le long duquel sont dispersées les quelques maisons de ce minuscule village se termine en une descente prononcée dans les dunes qui bordent le Pacifique. De là, longeant le río, nous atteignons l’océan déchaîné et une plage immense qui se termine par de gigantesques falaises découpées. Nous sommes accueillis par une tortue géante, gros rocher à quelques centaines de mètres au large dont la forme rappelle celle d’une tortue. Nous traversons la plage pour atteindre le pied des falaises et le champ de rochers paraissant s’être décrochés de la montagne la veille seulement. Longue halte pour déjeuner avant d’emprunter le « sendero de Chile », un sentier en construction qui a pour ambition de traverser le pays du nord au sud, quelques 8000 kilomètres de randonnées pour les marcheurs les plus furieux. Bref nous n’allons en faire qu’une partie, quelques kilomètres d’ascension jusqu’à un mirador au sommet des falaises. Superbe vue sur la côte ouest de Chiloé, déchiquetée et sauvage. Nous retournons ensuite au camping où deux français nous proposent de les accompagner le lendemain pour aller voir les pingouins. Nous ne tardons donc pas à aller nous reposer.
Le lendemain, nous faisons un peu plus ample connaissance avec ces deux retraités qui reviennent de Patagonie. Une promenade de dix minutes à soixante kilomètres heure sur le fleuve puis deux heures de marche pour atteindre les pingouins, facilite le rapprochement entre les gens. Nous sommes guidés par Sebastian, un jeune chilote adepte des grands espaces. Après avoir traversés un plateau qui sert de pâturage aux vaches, aux boeufs et aux moutons, nous descendons sur une immense plage au milieu de laquelle gît l’imposante épave d’un cargo. Frappée par les vagues du Pacifique, sa carcasse rouillée, prise par les sables, n’oscille pas d’un pouce. Après l’avoir tiré sur la plage (un travail de titan) et récupéré le chargement, il a été abandonné là, au gré du vent et il risque d’y demeurer encore un bon moment. Il nous reste encore une bonne heure de marche au milieu d’une végétation persistante résistant au vent violent venant de l’océan, avant d’atteindre la presqu’île où nichent les pingouins. Nous observons pendant un long moment ces drôles d’animaux, si agiles dans l’eau et si gauches sur la terre ferme.Ce lieu est l’unique endroit où il est possible de voir deux espèces de pingouins réunies : celle de Humbolt et celle de Magellan.
Nous quittons ces étranges animaux avec regret et rallions le camping par le même itinéraire. Nos deux compagnons ont décidé d’aller dormir dans un bon lit dans une ferme pratiquant l’agrotourisme. Ils nous souhaitent bonne nuit après nous avoir proposé de nous amener jusqu’à la panaméricaine le lendemain. Ce soir-là, pour notre dernière nuit en ce lieu paisible, nous sommes invités à partager l’asado d’une famille chilienne arrivé dans la journée. Ah le sens du partage ici ! Après ce bon repas, une bonne nuit de sommeil s’impose pour ne pas rater la généreuse proposition des français.
Bref le lendemain ils nous déposent comme prévu au bord de la route mais sous la pluie. Après deux jours de soleil, le climat chilote redevient enfin normal, c'est-à-dire pluvieux. A l'abri d'un abribus, nous n'attendons pas longtemps pour qu'un bus à destination de Castro ne s'arrête. C'est reparti pour la côte est de l'île cette fois.
20 janvier 2008
CASTRO.
Castro, considérée comme la capitale régionale de l’île, se situe sur la côte est approxivativement au milieu de l’île. C’est un point central pour partir à la découverte des villages et des petites îles de l’archipel ainsi que de déguster les nombreux plats typiques de la gastronomie chilote. C’est de ce fait une ville assaillie par l’important flot touristique venu profiter des charmes de Chiloé. Nous optons pour un petit camping situé au sud de la ville, à Nercon, petit village organisé entre le fjord et l’église traditionnelle de bois. Nous sommes accueillis par un sympathique jeune homme qui nous présente les lieux. Simple mais bien équipé avec des abris sous lesquels installer la tente. Ce camping est en majorité occupé par des chiliens et des argentins en vacances. Après une journée pluvieuse durant laquelle nous n’éffectuons qu’un rapide tour de la ville, nous reprenons des forces à l’aide de viande grillée sur le feu et de piscola.
Le lendemain nous faisons les touristes avec au programme visite de l’île Quinchao et dégustation de plats locaux. Un bus nous amène jusqu’à Achao, la seule véritable petite ville de l’île. Petit tour sur la plage où sont échoués, la marée étant basse, de petits bateaux de pêche. Nous remontons ensuite sur le port où est organisé un marché accueillant les habitants des îles voisines venus vendre de l’artisanat et des fruits de mer. Après un bon almuerzo (déjeuner) composé d’une cazuela (soupe typique du Chili avec morceau de viande, pomme de terre, épi de maës et riz) puis une fricassée de viande avec du riz, des haricots et du maïs. Nous remontons ensuite vers le nord, à Curaco de Velez, un village d’où part une route touristique de six kilomètres. Nous empruntons donc cette petite route de terre qui longe la côte ouest de l'île de Qinchao. Jolie promenade dans la campagne agrémenté par de superbe vue sur le fjord oú nous avons la chance d'aperçevoir le ballet de deux dauphins, nous saluant de leur nageoire.
De retour à Castro, nous patientons l'heure du repas en sirotant une bière. Fernando, de Chepu, nous a conseillé une adresse où déguster un curanto, typique râgout de fruit de mer, de viande et de pomme de terre. Nous entrons donc dans le restaurant "El Sacho" et nous nous étonnons en découvrant la salle : petites tables au nappe jaune, décor mignonnet et vue sur le fjord. Ce sera notre premier restaurant digne de ce nom depuis bientôt quatre mois de voyage. Audrey parvient à terminerson copieux curantopendant que je déguste un saumon grilléfarci de fromage, de saucisse et de tomate. Savoureux repas bien sûr un peu cher pour notre petite bourse mais nous ne regrttons pas cet écart. De retour au camping, nous discutons de la suite de notre périple. Nous sommes dans l'île depuis cinq jours et si nous voulons prendre le ferry pour Chaitén en sachant qu'il n'y a que deux départ par semaine, nous devons nous décider. Allez demain direction Quellon, à l'extrème sud de l'île, ville de départ du ferry ralliant Chaitén en cinq heures de traversée.
Nous optons pour le stop. Un peu plus d'une demi-heure d'attente et nous montons à l'arrière d'un pick-up. Cheveux au vent, nous pouvons admirer le paysage insulaier défilant à grande vitesse. Une trentaine de kilomètresplus lion, l'homme nous dépose sous un abribus et moins de cinq minutes plus tard, c'est à l'arrière d'une camionette que nous nous installons jusqu'à Quellon.
22 janvier 2008
QUELLON.
Quellon est le port le plus austral de l'île de Chiloé. Lieu important de salmoniculture et de récolte de fruit de mer, sa récente fondatin, en 1952, en fait une ville beaucoup moins attrayante que Castro ou Ancud. C'est pourtant l'étape obligée pour tous ceux qui, comme nous, souhaitent rallier la patagonie depuis Chiloé. Et malgré son indéniable vétusté et son ambiance virile de port de pêche, elle possède un caractère vivant et vrai oú les choses ne sont pas arrangéespour attirer le touriste. Elle offre en plus une vue incroyable sur une succession de montagnes et de volcans enneigés de l'autre côté du golfe Corcovado. C'est enfin ici que se termine la célèbre route 5, plus connue en tant que panaméricaine, qui commence de Fairbanks en Alaska et passe par Vancouver et Mexico.
Coup de chance, deux israëliens qui avaient acheté leur place sur le bateau ne peuvent pas embarquer. Nous héritons de leur place avec un rabais intéressant. Nous avons donc une journée à patienter ici. Nous nous installons au camping sur la "pointe lapa" (puta lapa). Nous y faisons ensore l'expérience de l'hospitalité chilienne: notre voisin de droite nous invite à profiter du reste de braises de son barbecue et celui de guauche nous offre une bonne cuisine de mariscos (coquillages), ramassés le soir même sur la plage en face du camping, avec de la viande. Sur ceux nous allons nous coucher et rêver de la patagoniequi nous fait face et que nous fouleront enfin après la traversée du lendemain.
24 janvier 2008
CHAITÉN.
Une partie important de notre voyage commence ce 24 janvier 2008. Le bateau qui doit lever l'ancre dans quelques heures maintenant va nous conduire vers cette terre légendaire de montagnes et de glaces, la Patagonie. C'est avec un soupçon d'exitation que nous nous présentons sur le quai d'embarquement. Les sacs bien arrimés à nos dos déjà fatigués, je compte les pas vers le ferry à la gueule grande ouverte qui me fait face. Quelques photos pour immortaliser ce moment, images figées d'un monde en mouvement. Suivant le cortège d'aventuriers marchant vers leur destin, je me demande s'ils ressentent le même pincement que moi à l'idée de traverser ce petit bout d'océan. Nous prenons place à l'arrière du bateau, les yeux fixés sur les sommets enneigés de l'autre côté, promesse de mille aventures inoubliables.
Le moteur émet un vrombissement sourd. Le navire sursaute et tousse avant de se détacher du quai. La salle des machines doit être en pleine effervescence. Nous, assis sur les sièges en plastiques oranges qui forment un demi-cercle à la poupe, nous regardons le sombre port de Quellon s'éloigner. Le temps est magnifique et la mer calme. Le bateau avance lentement bercé d'un léger mouvement de balancier. Le temps passe avec langueur. Nous croisons quelques îles inhabitées aux longues plages vierges puis c'est toute l'île de Chiloé qui s'éloigne jusqu'à n'être qu'une fine bande de terre à l'horizon. De l'autre côté les montagnes ont pris de la hauteur. Au fur et à mesure de notre progression, nous pouvons apprécier l'imposante silhouette pointue du volcan Corcovado. Ca y est, nous distinguons au loin la minuscule Chaitén, au pied des montagnes plantés d'impénétrables forêts, manteau vert sous le chapeau blanc des sommets. Nous regrettons de ne pas avoir croiser le chemin d'une baleine bleue, monstre de trente trois mètres et de deux cent tonnes. Petite consolation, deux otaries nous accueille d'une danse aquatique, mêlant leur corp avant de replonger vers d'autre horizons. A quelques encablures du quai, le capitaine salle notre arrivée en Patagonie d'un long et puissant coup de corne de brume. Nous posons enfin pied à terre à Chaitén. La patagonie nous tend les bras, s'étendant au sud jusqu'à la mythique Terre de feu.
Chaitén, petite ville calme aux rues formant un damier, est la porte d'entrée du parc Pumalín au nord, prochaine et dernière étape avant la descente vers le bout du monde.
25 janvier 2008
PARC PUMALÍN.
Le parc Pumalin, propriété d’un américain, Douglas Tompkins, protège 2889 kilomètres carrés de forêt pluvieuse septentrionale. Dominé par le majestueux sommet enneigé du volcan Michinmahuida, il offre de superbes balades à l’ombre d’une dense forêt d’arbres recouverts de mousse. Tompkins, riche américain amoureux de la Patagonie est une personne qui suscite la controverse au Chili. Entre les plus improblables qui pensent que son but caché est de faire fondre les glaciers pour en mettre l’eau en bouteille et les plus raisonnables critiquant son écologie excessive, son action de conservation est un sujet de discorde. S’opposant à tous les projets visant à construire routes ou lignes élèctriques. Sa présence ici est vue comme un frein au développement économique chilien. Quoi qu’il en soit, après trois jours dans ce parc, nous confirmons que la beauté du lieu se doit d’être préservé. Il nous semble louable de chercher des solutions alternatives pour développer une économie sans nuire à l’environnement comme l’écotourisme, l’apiculture ou l’agriculture biologique. Ce n’est bien sûr que l’humble avis de deux voyageurs aimant la promenade en forêt et il est concevable qu’un promotteur chilien ou une famille d’agriculteur coupé du reste du pays ne le partage pas et envisage autre chose. Quant à nous, nous sommes heureux d’avoir pu admirer les alerces, gigantesques arbres dont les plus vieux spécimens atteignent les 3600 ans et profiter d’un paysage vierge d’une incomparable beauté.
Nous passons notre première nuit dans une minuscule aire de camping d’où part le sentier « cascadas escondidas » (les cascades secrètes). Une agréable promenade conduisant en une heure environ à une superbe cascade se jettant dans un bassin aux eaux vertes et sombres. Nous croisons sa petite soeur, quelques dizaines de mètres plus bas. La descente s’effectue par une petite boucle traversant une épaisse forêt dominée par quelques grandioses alerces.De retour au camping, nous avons hâte de manger et d’aller nous reposer. La nuit tombe lentement sur ce paisible hâvre de paix au bord du torrent. Nous nous apprétons à gagner la chaleur de nos duvets quand un couple de « mochileros » (voyageurs à pied avec le sac à dos) chiliens débarque au camping. Nous faisons rapidement connaissance pendant qu’ils commencent à installer leur tente. Mais la fatigue à très vite raison de nous et nous leur souhaitons bonne nuit avant de sombrer dans un profond sommeil.
Le lendemain, debout de bonne heure pour aller faire une nouvelle randonnée vers la laguna Tronador. Le sentier démarre dans une forêt d’arbres morts dont il ne restent que les troncs nus debouts au pied de la montagne. Ponctué de passerelles et d’échelles, il s’élève en longeant un tumultueux torrent descendant des sommets puis finit par le traverser grâce à une petite passerelle suspendue. La forêt commence ensuite à s’épaissir et le chemin devient de plus en plus boueux. Nous poursuivons notre rapide montée pendant environ une heure et demi avant d’atteindre un mirador offrant une belle vue sur le sommet enneigé du volcan Michinmahuida. Le sentier redescent ensuite jusqu’au superbe lac Tronador, encastré dans une cuvette cernée d’impressionnantes montagnes. Nous nous installons sur une petite plage de galet pour admirer les eaux sombres balayées par le vent. Nous sommes seuls au bord de ce petit lac, quoi de mieux pour une partie de pêche.
- Comment s’improviser pêcheur.
La première des choses, se procurer le matériel minimum soit du fil de 3,5mm
Vous possédez désormais la technique. Installez-vous donc le soir même dans un camping bordé par une rivière. Même quelque peu tumultueuse car elle descent tout droit d’un glacier, aucune importance.Trouvez ensuite un endroit à l’ombre, sous un pont ce sera parfait. Vous évitez ainsi amende, coups de soleil et mouches intempestives. Vous êtes bien installé sur ce rocher, allez-y, jetez vous à l’eau. Lancez puis ramenez, lancez puis relancez. Ohhh !! Ah non, vous êtes accrochez. Surtout pas de panique, ne tirez pas trop fort vous risquez d’y laisser votre cuillère. Laissez du lest et déplacez-vous à droite puis à gauche et hop la cuillère repart dans les rapides. Ne prenez pas peur et relancez une nouvelle fois vers ce rocher là-bas. Ahh ! Cette fois c’est bien le reflet argenté d’un poisson que vous aperçevez derrière votre cuillère... allez... Et non il ne mordera pas cette fois-ci. Ça n'est pas passé loin et c'est donc avec confiance que vous relancez au même endroit. Il est petit mais vous êtes en quête de votre première prise, preuve que le bricolage peut fonctionner. Finallement au bout de deux heures sans succés, prenez la sage décision d'abandonner et de vous résoudre à manger des pâtes. La prochaine fois sera sans doute la bonne.
Nous nous retrouvons donc à manger des pâtes, installés sur ce parking qui sert de camping avant de partir pour une randonnée conduisant au pied du volcan Machinmahuida. Sitôt le repas ingurgité, nous partons au lit. Le réveil sonne, bipbip, bipbip. Je me retourne pour l'éteindre, il est 6h15. Les yeux encore embrumés de fatigue, je m'habille et prépare les affaires pour le petit déjeuner: réchaud, café, casserole, cuillère, verres, sucre, petits gâteaux et manjar (pâte à base de lait remplacant le nutella). Je sors ensuite, les mains encombrées et constate que la journée s'annoncemagnifique. Comme bien des matins, je laisse Audrey profiter jusqu'au dernier moment du sommeil. Je descend à la rivière glaciale et rempli la casserole d'eau trouble. Je remonte et la met à chauffer. Quelques minutes plus tard, les cafés sont servis. Audrey se tire difficilement de la chaleur de son duvet pour venir me rejoindre. Une fois le petit déjeuner terminé, nous préparons les affaires et partons pour une longue journée de marche, il est 7 heures. Nopus traversons tout d'abord une bien étrange forêt. Le chemin serpente au milieu de petits arbres serrés recouverts de mousse. Nous nous croyons dans une forêt de conte de fée et à chaque détour du chemin nous ne serions pas étonner de tomber sur la maison de pain d'épice ou de croiser un elfe. La mousse finit par recouvrir jusqu'au sentier. Nous nous demandons vraiment comment la forêt n'étouffe pas à cause de cet envahissant locataire. Nous avons la sensation de marcher sur un matelas, nos pas rebondissant avec légèreté sur le sol. Le sentier monte régulièrement en douceur jusqu’à conduire, après trois heures dans la forêt, aux pentes désolées à la base du volcan. Une heure plus tard, nous parvenons au pied du glacier impressionnant du Michinmahuida. Le sommet est recouvert de neige et le soleil puissant provoque l’inexorable fonte de la glace qui s’écoule en cascade et forme la rivière passant près du camping. Nous déjeunons ici, aveuglés par le reflet de ce monstre nappé de blanc. Nous redescendons après une heure et demi de bronzette. Sur le chemin du retour, nous faisons une halte dans l’une des seules carrières de l’impénétrable forêt. L’endroit est féérique: les rayons de soleil perçant par endroit le couvert des arbres éclairent la mousse recouvrant les troncs, pendant des branches et formant un épais tapis de boules vertes claires qui nous occuperont un bon moment. Après quelques photos sympathiques : David en vieux nain de la forêt avec une épaisse barbe verte et Autrey en fan de disco avec sa perruque de la même couleur, nous repartons pour rallier le campement. Nous parvenons au panneau indiquant le début du sentier après neuf heures de marche. Il n’est que 16 heures, nous avons donc la fin d’après-midi pour nous reposer de cette belle promenade.
Le lendemain nous nous installons au bord de la route et attendons qu’une âme charitable nous prenne en stop.
27 janvier 2008
PATAGONIA SIN REPRESAS
La Patagonie est aujourd'hui au coeur d'un débat qui nous concerne tous. La région d'Aysen est menacée de changement radicaux. En effet deux entreprises étrangères ont pour projet de construire cinq centrales hydroélèctriques sur les deux principaux fleuves de la région. La mise en place de ces centrales nécessitera cinq barrages qui provoqueront l'inondation de 5910 hectares faisant partie de la précieuse beauté de la région d'Aysen. Le projet est censé répondre à la crise énèrgétique que traverse actuellement le Chili en produisant de surcroît une énergie "propre". Le fait est que cette crise émane de la forte demande des industries minières qui consomment à elles seulesplus de 60% de l'énérgie produite au Chili alors que seulement 15% de l'énèrgie se consommant au niveau national est domestique. Mais il est évident que ce projet n'est pas humanitaire et que sa mise en place bénéfeciera en majeur partie aux entreprises et non à la population local. C'est donc une guerre d'information et de désinformation qui secoue cette partie du pays. Les entreprises avancent que le coût de l'élèctricité va baissé et donc profiter à la population alors que nombre de collectifs et d'associations demante en s'appuyant sur l'exemple de Santa Barbara et Alto BioBio où deux barrages ont été construit et où la population paye l'énèrgie la plus cher du pays. La mise en place du projet va profondement changer la géographie de cette zoneentraînant la destruction de ce sanctuaire de la nature. D'un point de vue social, il aura conséquence d'apporterle modèle néolibéral et de consommation dans son sillage provoquant la destruction d'une forme de vie participant à la richesse culturelle du pays. Et plus largement, par la mise en place de lignes à haute tension sur plus de 2000 kilomètres pour rallier la capitale, c'est une grande partie du pays qui va voir son paysage défiguré par des pylones de plus de 65 mètres de haut. Et finallement, ce projet n'est qu'une solution parmi d'autres. Il est possible au Chili de produire de l'énèrgie maréomotrice, éolienne, solaire et géothermique avec sans doute moins d'impact sur l'environnement et la population.
Durant ce voyage fantastique, nous avons découvert ceci:
Si l'envie vous prend de profiter de ces merveilles dans quelques années, vous verrez cela:
















































